Philippe Morandini

Il branche son portable dès six heures le matin, assiste à toutes les audiences du procès, répond aux questions des journalistes, informe, explique, parfois en direct pendant les journaux télévisés, reste joignable encore... Tel est le programme quotidien de Philippe Morandini!

Philippe MorandiniMagistrat presse au procès de Dutroux et consorts, il a accepté de « couper » son portable, le temps de répondre à nos questions et de se rappeler ces belles années passées à Namur en candis droit (promo 1988), à la fois dans l’auditoire et sur l’estrade.

Quelle est la fonction du magistrat presse?

Un magistrat presse gère les relations avec la presse et donc les informations qui peuvent lui être données dans le cadre d’une information, d’une instruction, de l’issue de celles-ci, et d’un procès en cours. Je suis donc à la disposition des journalistes pour les informer sur le déroulement de la procédure, le système judiciaire belge et les tenants et aboutissants du procès, sans aborder le fond du dossier. Ce sont aussi bien les journalistes belges qu’étrangers qui me contactent, même s’ils ne sont pas à Arlon.

Comment se passent les relations avec la presse?

Jusqu’à présent très bien. Il s’agit de relations très enrichissantes mais qui demandent une grande disponibilité, les horaires des journalistes n’étant par essence pas réguliers puisque dépendant notamment de l’actualité. Je reçois entre vingt et cent appels par jour dès 6 heures, voire 5h30 pour les journaux du matin, jusqu’à 23 heures. Il s’agit d’appels en français ou en anglais. Ma mission est heureusement bien cadrée: je ne traite pas du fond du dossier. Il s’agit d’une expérience passionnante !

C’est à Namur que vous commencez vos études de droit : quel bilan tirez-vous de votre formation ?

Je pense que l’enseignement de Namur (comme celui de Louvain) n’est pas assez focalisé sur la recherche dans les codes. J’ai aussi regretté à plusieurs reprises d’apprendre les exceptions de règles de droit avant l’énoncé et l’explication des principes généraux. Le point fort de Namur est certainement la qualité de l’enseignement et de la pédagogie mise en place.

Vous étiez également actif sur l’estrade...

En première candidature, j’ai assuré le rôle du professeur Cerexhe dans la revue au Théâtre royal de Namur, il s’agissait de l’histoire d’un village gaulois... En seconde candi, j’ai fait partie du comité organisateur de la revue, j’ai donc participé activement à la rédaction de la pièce, à la mise en scène, tout en jouant les rôles à la fois du professeur Cerexhe et de l’abbé Thiry ! C’est un souvenir extraordinaire, une expérience unique, j’y ai noué des liens d’amitié solides, je revois encore aujourd’hui certains anciens étudiants de cette période. Revers de la médaille : le blocus a été serré ! J’ai tout de même réussi en première session... Les études doivent aussi permettre aux étudiants de trouver un équilibre de vie...

Quel a été votre parcours après Namur ?

J’ai obtenu la licence à Louvain-la-Neuve puis j’ai commencé le barreau à Namur. Je suis originaire de Marche, mais j’ai choisi le barreau de Namur parce que j’y avais apprécié la qualité de vie pendant mes candidatures. J’y ai professé durant huit années,  et j'ai été élu deux fois au Conseil de L’Ordre. A la fin de mon stage, avec trois autres avocats de mon âge, nous avons acheté un immeuble et avons créé notre propre association d’avocats. En 99, j’ai passé le concours d’accès à la magistrature : je suis alors parti à Dinant pour un stage d’un an et demi où j’ai ensuite été nommé substitut en avril 2001.

Pourquoi avez-vous choisi la magistrature « debout »?

J’ai commencé le barreau avec l’idée de devenir juge par la suite. J’ai choisi le Parquet parce que je souhaitais connaître le métier de substitut : après avoir été une partie au processus judiciaire en qualité d’avocat, je désirais connaître la fonction de magistrat debout, également partie au procès. Ceci m’apparaît important pour pouvoir exercer un jour une éventuelle fonction de juge. En outre, je me sentais trop jeune pour être magistrat assis. La Fonction de parquetier, bien souvent décriée, me plaît énormément : il s’agit d’un travail de terrain, d’investigation. Il faut encadrer les enquêteurs, motiver les policiers, gérer les relations avec les victimes, requérir, expliquer, etc. C’est un véritable travail d’équipe et d’investissement.

Vous venez d’être nommé au Conseil Supérieur de la Justice.

Le Conseil Supérieur de la Justice doit être le lieu de rencontre entre la magistrature et la société civile. Je souhaite travailler dans la commission «nominations» , garantir  l’indépendance de la magistrature dans ce cadre et mieux tenir compte notamment des qualités humaines dans la nomination des magistrats. Voilà deux de mes objectifs prioritaires. Il me semble important en effet que la magistrature ne soit pas l’apanage de techniciens du droit, les critères d’admission à la magistrature devraient être élargis pour tenir compte des qualités humaines des candidats. Pratiquement, je suis nommé à partir du 1er septembre 2004: cette nouvelle fonction m’occupera minimum un jour et demi par semaine, de sorte que mon travail au Parquet de Dinant devra probablement être réorganisé.

Je pense que la magistrature doit mieux se faire entendre, mieux défendre ses prérogatives, son organisation, par le biais notamment de la communication. Il est très beau de voter des lois, mais si celles-ci sont inapplicables par manque de moyens par exemple, la magistrature doit le faire savoir. Face à l’évolution de notre société, la Justice a besoin de solutions capables d’améliorer son efficacité et sa rapidité.