Benoît Melebeck

Benoît Melebeck est un ancien de la maison : il obtient son diplôme de candidature en histoire aux FUNDP en 1981. Il se découvre un intérêt pour les aspects humanitaires de l’histoire en réalisant son mémoire. Sa licence en poche, il entre rapidement à l’UNICEF comme attaché de presse... et il y est toujours ! Il assure aujourd’hui le contact de presse central pour l’opération « Tsunami 12-12 » menée par le Consortium belge pour les situations d’urgence.
Benoît MelebeckVous anticipiez un tel succès pour la récolte de fonds en faveur de l’Asie ?

Bien sûr que non ! Par rapport à notre dernière collecte générale de fonds en 1999 pour le Kosovo, les dons sont plus importants et ils arrivent plus rapidement. On peut expliquer ce mouvement de solidarité par des facteurs tels que l’appui des médias et le retour dans notre pays de touristes, ce qui a permis de créer une proximité avec le drame vécu par les populations locales. Et puis notre consortium est rôdé, nous avons démarré la campagne de récolte de fonds dans les 48 heures qui ont suivi le drame. A ce jour, nous avons récolté 39.3 millions d’euros... C’est fabuleux !

Le Darfour n’est pas aussi porteur...

L’ampleur de la crise en Asie est un élément qui permet d’expliquer cette différence d’attitude des donateurs : le Darfour est une province du Soudan tandis qu’en Asie, tout le pourtour de l’océan est touché et, en outre, il s’agit de pays touristiques. Des aspects politiques jouent aussi, le Darfour est en guerre, et puis il faut tenir compte d’un phénomène de lassitude, un émiettement de l’intérêt des européens tant la crise dure, lassitude observée pour les crises en Afrique d’une façon générale. Il faut signaler, enfin, que peu d’ONG sont présentes au Darfour, la communication est donc plus difficile.

Pourquoi travaillez-vous en consortium ?

Les ONG qui composent le consortium sont complémentaires. La Croix Rouge (aide médicale urgente), Handicap International (aide aux personnes handicapées), Caritas (réseau de partenaires locaux proches des populations locales), Oxfam (spécialiste de l’eau et des microprojets économiques) et l’UNICEF (secteur de l’enfance) se concertent sur le terrain, avec les gouvernements et les organisations internationales, dans un souci d’efficacité. La collaboration mise en place en Belgique par le consortium pour l’appel de fonds n’est que le reflet de celle qui existe sur le terrain. Une gestion commune de la campagne de récolte de fonds permet aussi de réduire les coûts de campagne et de renforcer la position des ONG vis-à-vis des médias.

Comment les fonds récoltés seront-ils utilisés ?

Dans les statuts du consortium, une clé de répartition des fonds récoltés entre les différentes ONG est prévue. Elle a été déterminée sur base de la capacité de récolte de fonds de chacune des ONG, observée au cours des années précédentes. Chaque ONG retrouve alors son autonomie en matière d’usage des fonds, mais avec une obligation de reporting vis-à-vis du consortium. L’UNICEF gèrera un peu plus de 29% des fonds récoltés sur le compte 12-12.

Et maintenant ?

L’UNICEF est une agence des Nations Unies, nous intervenons donc dans un plan d’action global déterminé par l’ensemble des agences des Nations Unies en relation avec les gouvernements locaux. Suite à une crise, les bureaux permanents de l’UNICEF dans ces pays établissent une première évaluation de la situation des enfants et de leurs besoins : il s’agit d’un « appel de première urgence » qui couvre les premiers mois de l’action à réaliser. Les fonds récoltés vont permettre de répondre à ces appels.

Pourquoi envoyer Axelle Red en Asie en pleine période de crise ?

Axelle Red est partie au Sri Lanka le 28 décembre, on parlait à ce moment beaucoup des touristes, très peu des enfants. Le rôle des ambassadeurs de l’Unicef est d’attirer l’attention des médias et du grand public sur les enfants.

Quelle est votre fonction précise à l’UNICEF ?

Je suis coordinateur de la communication et attaché de presse francophone pour UNICEF Belgique.

Vous êtes sur le pont 7 jours sur 7 ?

Oui ! Nous assurons une veille permanente à trois, cela demande une énorme disponibilité. En période de crise, je me consacre 24/24 heures à l’opération en cours, ici « Tsunami 12-12 ». Il s’agit de fédérer les efforts des ONG, solliciter sans cesse les médias pour communiquer les informations du consortium, répondre aux sollicitations...

Vos études d’histoire vous sont-elles utiles?

Certainement. Nous vivons dans l’immédiat, dans l’urgence et ma formation me permet de relativiser un certain nombre de situations et d’envisager les problèmes dans une globalité. La curiosité, l’esprit critique et l’esprit de synthèse que les études d’histoire développent sont précieux au quotidien.

Quel serait votre message pour des jeunes diplômés en histoire qui cherchent un premier emploi ?

Multiplier les diplômes ne facilite pas nécessairement l’insertion sur le marché de l’emploi. La première chose est de savoir ce qu’ils veulent faire : réaliser un stage ou l’autre permet parfois d’affiner ses attentes en matière d’emploi. Montrez que vous voulez faire quelque chose de concret et que vous vous êtes déjà frottés à la vie au cours de voyages ou en prenant des responsabilités, dans les mouvements de jeunesse ou les kots à projet par exemple !

Et si c’était à refaire : l’histoire ? A Namur ?

L’histoire, à Namur, certainement !