Thierry Falise

Il a fait la « une » des journaux en juin et juillet pour sa condamnation à 15 ans de prison au Laos. Il est économiste, mais surtout journaliste : il consacre ses reportages à des minorités, des réfugiés, des gens dont les droits ne sont pas respectés. Pour ce faire, il est régulièrement amené à bafouer les lois de pays non démocratiques : en juin 2003, cela a faillit mal se terminer. Il ne compte pourtant pas changer sa façon de travailler. La rédaction l’a rencontré lors de son retour en Belgique fin juillet.
Thierry FaliseVous êtes photojournaliste : en quoi consiste ce métier précisément ?

Je suis photographe et j’écris aussi : je fais des reportages de type « magazine » , c’est-à-dire des reportages de fond, qui prennent plus de temps que des reportages d’actualité. Je me suis orienté vers ce type de journalisme par intérêt personnel : j’aime travailler seul, ou avec l’un ou l’autre ami, sur des reportages de longue durée. Je travaille de moins en moins sur commande : soit je propose des idées de reportage à des magazines avec lesquels j’ai des contacts, avant de partir, ce qui me permet d’avoir une garantie, le paiement de mes frais et l’engagement d’être rémunéré que le reportage soit publié ou non. Soit je pars en reportage de ma propre initiative, sans accord préalable avec un magazine, c’est le cas de celui au Laos. Je n’étais en effet pas sûr du résultat. Je négocie alors le reportage lorsque je rentre, photos et articles. Le secret du journaliste « free lance » : ses idées de reportage. Les Hmongs figurent sur ma liste depuis des années, j’avais de bons contacts, j’avais entendu qu’un Hmong venait de passer la frontière, c’était l’occasion. Je suis parti avec Vincent Reynaud qui, lui, assurait un reportage vidéo. Toutes mes photos ont été confisquées, il me reste mes notes...

Peut-on « tout faire », en tant que journaliste, dans le but d’informer ?

Ah oui, complètement. Si nous ne traversions pas ces interdits, il y aurait beaucoup de massacres, de violations des droits de l’homme qui n’auraient jamais été révélés. Je pense que le journaliste a un devoir d’ingérence dans des pays dont les régimes se protègent des regards extérieurs. Je suis allé plusieurs fois déjà en Birmanie : traverser la frontière clandestinement, faire des reportages sur des réfugiés dont personne n’aurait entendu parler si moi ou d’autres ne l’avaient fait. Le Laos est à nouveau un bon exemple : sans ce type de reportage, comment les gens auraient-ils pu entendre parler de la souffrance de cette minorité ?

Votre expérience au Laos va-t-elle changer votre façon de pratiquer ce métier ?

(Rires) Non, pas du tout ! Je persiste à croire qu’il s’agit d’un enchaînement de circonstances malheureuses. Lors d’un reportage sur des guérillas, il faut être « invités » par les rebelles, seul moyen d’avoir accès à leurs villages, leurs bases militaires, ... C’est alors à eux que revient la protection des journalistes : leur rôle est de faire que rien ne nous arrive, même au péril de leur vie. J’ai déjà auparavant été pris dans des embuscades, depuis plus de 15 ans que je fais ce métier, mais chaque fois le groupe chargé d’assurer ma protection a pu me tirer d’affaires. Ici, le groupe de Hmongs censé nous protéger a paniqué et ils se sont enfuis, ils nous ont laissés tomber comme des vieilles chaussettes ! Je ne leur en veut pas, ces gens sont très pauvres, ils vivent dans des conditions horribles. Nous avons été pris dans des tirs, c’est alors qu’un milicien lao a été tué. Nous avons pu sauver notre peau... Je ne suis jamais armé, quoiqu’on ait pu dire, sinon ce n’est plus du journalisme.

Avant de vous lancer dans le journalisme, vous étudiez les sciences économiques à Namur .

A l’époque, je voulais étudier l’histoire de l’art : j’avais en tête l’idée de partir faire des fouilles en Egypte, ... déjà le goût des voyages. Mes parents m’ont un peu poussé vers l’économie en raison des débouchés : j’ai alors fait mes 5 années de maîtrise en sciences économiques à Namur.

Un souvenir particulier de votre vie estudiantine ?

J’organisais des concerts de rock dans le cadre des Facs, avec un ami qui s’occupe aujourd’hui des concerts à Werchter. Il invitait des groupes en Belgique, et nous les invitions ensuite à Namur, nous avions un petit budget des Facultés pour cela : Gruppo Sportivo, Dr Feelgood, Renaud, Machiavel, …

Votre parcours après Namur ?

Après mes études, je devais faire mon service militaire : il n’était pas question que je rentre à l’armée, j’ai donc fait un service civil. Par hasard, je suis entré dans la rédaction d’un petit journal d’écologie, « Champs libre ». J’ai travaillé 3 ans pour eux. En 1984, j’ai récupéré 50 000 FB des impôts et, avec un ami photographe amateur, nous sommes partis au Liban faire un reportage sur la guerre. Cela a été un véritable déclic. J’ai réussi le concours de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille et j’y ai étudié 2 ans. Cela m’a permis de travailler pour la presse française, pendant 5 ans. Je profitais de mes congés pour partir faire des reportages en Asie du Sud-Est : un premier reportage sur une guérilla en Birmanie, puis les réfugiés au Cambodge, aux Philippines, au Vietnam, ... Bangkok était mon point de chute. Je m’y suis formé un réseau d’amis, de contacts et j’ai pris goût à la vie là-bas. Je m’y suis installé en 1991.

La qualité de vie y est-elle meilleure qu’en Belgique ?

Elle correspond à ce que je recherche. J’apprécie le climat, chaud et humide, même si cela ne convient pas à tout le monde. Bangkok est une ville moderne, avec beaucoup de confort, pour des prix nettement moins élevés qu’ici. La Thaïlande est un pays magnifique, varié, les gens sont cools, simples, très différents des Parisiens !

 

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