Béatrice Delvaux

Éditorialiste en chef du journal Le Soir, co-auteur du livre «Le Bal des empires », Béatrice Delvaux est une ancienne de l'UNamur : en 1983, elle obtient sa licence et maîtrise en sciences économiques et sociales. Durant son passage à Namur, elle acquiert une formation de qualité, ouverte sur la société et sur le monde, déterminante dans sa carrière. Cinq années de convivialité aussi, lors desquelles se nouent des relations d’amitié, avec des étudiants et des professeurs, qui sont aujourd'hui toujours bien présentes.
Beatrice DelvauxC’est à Namur que vous obtenez votre maîtrise en sciences économiques.

Je voulais faire le journalisme : j’avais en tête de faire des candis en sciences politiques à Namur, et de poursuivre par la licence en communication à l’UCL. C’est grâce au professeur Michel Coipel que je suis restée à Namur, et je l’en remercierai toute ma vie : il a attiré mon attention sur le fait que je pouvais être journaliste avec un diplôme d’économie. Comme je me plaisais beaucoup à la fac et que j’avais un très chouette groupe d’amis, qui sont d’ailleurs toujours les miens aujourd’hui, j’ai décidé de poursuivre la maîtrise en sciences économiques. Ce choix s’est avéré le bon : c’est parce que j’avais ce diplôme que je suis entrée à la rédaction du Soir.


Qu’avez-vous apprécié au niveau de la formation ?

Des très bons cours théoriques de base, avec toujours le souci de montrer comment la science économique s’insère dans la société. Qu’il s’agisse des cours d’épistémologie ou de philosophie, de ceux de développement de Jean-Philippe Platteau ou de gestion publique de Jean-Paul Abraham, tous accordaient de l’importance à la finalité, à montrer l’utilité de l’économie dans la société. Et puis nous avions la chance inouïe d’avoir un contact privilégié avec les professeurs, même en candis.

La dimension internationale était-elle présente dans les études ?

Oui, très fort. J’ai eu la chance de partir en Inde avec la FUCID (Fondation Universitaire pour la Coopération Internationale au Développement), c’était une ouverture sur le monde fabuleuse. Et puis j’ai passé trois mois au Fonds Monétaire International à Washington dans le cadre de mon mémoire. Ce stage à l’étranger est à, mon avis, un complément indispensable aux études.

Et du côté de la vie estudiantine namuroise ?

On avait un peu l’impression que la ville nous appartenait : les petites rues, les bistrots d’étudiants... On était chez nous ! La vie à la fac était animée aussi : j’ai des souvenirs de cabarets extraordinaires. Nous avions lancé « L'écho d’éco », un petit journal...

Une association d’anciens, est-ce important pour vous ?

Comme la fac est petite, quand on rencontre un ancien de Namur, ce n’est jamais banal. La solidarité fonctionne bien, on a envie de s’aider, et c’est important dans la vie professionnelle.

Quel est votre parcours après les Facs ?

Fin 83, lorsque j’avais juste terminé mes études, le journal Le Soir proposait à des étudiants de sciences économiques d’écrire un article sur leur sujet de mémoire pour le supplément économique. J’ai sauté sur l’occasion ! J’ai apporté mon article à la rédaction, plutôt que de l’envoyer, j’ai été reçue par une économiste qui a apprécié mon article et elle m’a proposé de faire un stage... J’ai ensuite été engagée. En 1989, je suis devenue responsable du service économique du journal, tout en suivant des dossiers : le secteur bancaire et plus globalement le capitalisme belge, c’était passionnant.

Les études d’économie sont-elles une bonne préparation à ce métier ?

Ce qui me paraît essentiel, c’est d’avoir une formation qui permette d’appréhender les problèmes par une méthode scientifique d’analyse. Les études universitaires, le droit, l’économie... apprennent à analyser une information, elles incitent le journaliste à ne pas aller trop vite. Une formation en journalisme est un plus.

Quel est le rôle du rédacteur en chef au quotidien ?

Le rédacteur en chef définit la ligne éditoriale, il en est le garant. Au jour le jour, je dois veiller à ce que le journal remplisse ses missions d’information, à ce qu’il soit sur l’actualité, qu’il soit dans la ligne éditoriale. Je dois veiller à la pérennité du journal, prendre des décisions qui le font avancer. C’est aussi mon rôle d’animer la rédaction pour faire en sorte que nous soyons les meilleurs dans notre créneau, celui des quotidiens généralistes de qualité : dégager des scoops, de l’analyse, de la mise en perspective... La rédaction compte un peu plus de 120 journalistes : il s’agit aussi de gérer les relations humaines. Et puis les aspects budgétaires sont également importants : je dois assurer que la rédaction ait les moyens de travailler par rapport à nos objectifs. C’est peut-être dû à ma formation d’économiste, je suis aussi très soucieuse de l’équilibre financier du journal, parce que c’est à long terme la meilleure garantie de son indépendance.

Travaillez-vous en collaboration avec les rédactions des autres quotidiens ?

Nous faisons du troc de papier avec un journal suisse, Le Temps : nous voulons tous les deux rester crédibles au niveau international, sans avoir de moyens énormes. Nous avons aussi des contacts réguliers avec De Standaard et De Morgen, pour l’achat et la vente d’articles, ainsi qu’avec les médias audiovisuels.

Comment voyez-vous l’avenir de votre journal ?

La diffusion est un enjeu très important mais difficile pour les quotidiens généralistes, on doit se battre pour conserver notre place. Notre projet pour 2005 : l’achat de nouvelles rotatives qui vont nous permettre d’adopter un nouveau format original, le « berlinois », celui du Monde. Ce sera l’aboutissement de tous nos efforts, le costume qui nous permettra d’exprimer ce qu’on a développé dans le journal depuis plusieurs années.

L’édition en ligne du Soir s’avère-t-elle complémentaire à l’édition papier ?

Huit journalistes travaillent sur l’édition en ligne, ce n’est pas rentable pour l’instant. On passe progressivement à un modèle payant. Mais la présence sur le Net reste importante : les jeunes ont tendance à lire plus spontanément la presse électronique. Et notre site est un moyen, dans ce cas, d'entrer en contact avec eux et de leur donner envie de venir vers le journal "papier" dans un second temps.

Les étudiants sont-ils un public important pour la presse ?

C’est un public très important, c’est à cet âge que se forge l’envie de lire la presse. Je pense d’ailleurs que l’université n’intègre pas assez la presse dans son enseignement. Il s’agit de sensibiliser les étudiants à l’intérêt de la chose publique et de la démocratie, et je trouve que les professeurs devraient inciter plus les jeunes à s’y référer, à s’intéresser à  l’actualité.