Philippe Defeyt

Le berceau du parti Ecolo, c’est Namur. Son fondateur, Philippe Defeyt, y a fait ses études d’économie... et un mémoire consacré au recyclage des vieux papiers. En 1979, lorsqu’il quitte les Facs, il s’investit dans la création du parti Ecolo. A la tête des Verts depuis 1999, Philippe Defeyt est aidé au quotidien par sa formation d’économiste.
Philippe DefeytVous obtenez votre maîtrise en sciences économiques et sociales aux Facultés: qu’aviez-vous derrière la tête en commençant ces études ?

Je suis arrivé aux Facultés en 1972 avec l’idée d’étudier les sciences politiques : ce choix résultait d’expériences de jeunesse qui m’avaient sensibilisé à l’importance des dimensions sociale et politique dans notre société. Mais le doyen de l’époque, Jean-Claude de Meester, m’a convaincu que, si je ne craignais pas les mathématiques, les sciences économiques me prépareraient tout aussi bien à la politique. Je dois avouer n’avoir jamais un seul instant regretté ce choix. Plus tard, ma formation d’économiste a été un atout important dans la manière selon laquelle j’ai réussi à m’imposer comme jeune parlementaire à la Chambre et en particulier à la Commission des finances.


C’est à Namur également que vous rencontrez Paul Lannoye...

Cela a été un moment extrêmement important. Ce que je suis dans mon engagement humain et politique est le résultat de trois expériences de jeunesse : le contact avec des personnes âgées pauvres au début des années ’70, mon expérience en Inde, dans le cadre d’un contrat avec la FUCID (ndlr : Fondation Universitaire pour la Coopération Internationale au Développement, l’ONG des FUNDP), où j’ai eu l’occasion de voir ce qu’était l’exploitation non durable des ressources naturelles par les pays riches, et mon combat anti-nucléaire à la fin des années ’70, avec Paul Lannoye. Je suis arrivé aux Amis de la Terre grâce à lui, nous sommes assez vite entrés au Conseil d’administration de l’ASBL, puis, avec d’autres, nous avons fondé Ecolo.

Nostalgique de cette période ?

Non, j’ai vécu intensément les débuts de l’aventure, le reste se fait dans la continuité. Nous étions une petite centaine au lancement du parti, motivés par l’impossibilité de faire passer, dans les partis traditionnels, nos idées en matière de nucléaire, d’environnement, de relation avec le Tiers Monde, de pacifisme, de féminisme, ... Les débuts ont été difficiles : nous étions ignorés, voire souvent méprisés, par l’establishment économique, politique ou social.  Ce n’était donc pas un engagement facile pour les jeunes que nous étions.

Vous considérez-vous comme un écologiste avant d’être un économiste ?

Je suis profondément les deux ! Je dois parfois me battre à l’intérieur d’Ecolo pour l’expliquer: il y a une très grande utilité des concepts de l’analyse économique en matière écologique. Le meilleur exemple en est pour moi l’utilisation rationnelle des ressources : il s’agit du fondement de la science économique et, y a-t-il une autre préoccupation en écologie, dans sa dimension environnementale, que celle-là ? L’amélioration de la productivité des ressources est également un thème de plus en plus présent dans l’approche écologiste des problèmes industriels: il s’agit bien du moteur de la croissance économique.

Vous trouvez donc que ces deux disciplines sont compatibles ?

La proximité intellectuelle des concepts, des approches et des analyses est beaucoup plus grande et plus fertile qu’on ne le pense. Par exemple l’écologie, en tant que science, nous enseigne que la biodiversité des milieux est intéressante pour une plus longue durée de vie et une meilleure résistance aux chocs. Ceux qui étudient le tissu industriel d’une région feraient bien de s’en inspirer.

Une carrière politique, cela se prépare comment ?

Dans mon cas, il n’y a pas de plan de carrière. Si j’en avais eu un, je n’aurais pas créé Ecolo, je ne me serais pas engagé dans un parti ultra-minoritaire politiquement et culturellement. J’ai fait un choix de conviction, d’engagement, un choix de jeunesse : à 25 ans, on doit pouvoir faire des choix de coeur, plus que de raison !

Que conseilleriez-vous aux jeunes qui partagent votre idéal ?

Il faut d’abord faire les études que l’on souhaite : toute compétence est utile (artistique, culturelle, ...), surtout dans la perspective de cette magnifique utopie qu’est le développement durable. Ensuite, l’engagement, qu’il soit syndical, associatif, politique ou autre est un choix de vie dont il faut bien mesurer le coût en terme de vie familiale et sociale. Mais on a besoin de tous, et il est important d’avoir des engagements « non marchands », quels qu’ils soient.