Fabienne Bister

50 ans, mariée, 2 enfants, chef d’entreprise, membre du comité de direction de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB), et des projets plein la tête : telle est Fabienne Bister, licenciée et maître en sciences économiques et sociales des Facultés. Son dynamisme et son franc parler l’ont naturellement désignée pour assurer la défense des PME, projet qui lui tient particulièrement à coeur. Ce faisant, elle contribue à donner une image plus positive de l’esprit d’entreprise en Wallonie.
Fabienne BisterDepuis 1994, vous dirigez la moutarderie Bister-L’Impériale, une PME wallonne occupant 15 personnes : un métier difficile ?

Oui (rires), franchement oui ! Nous sommes sur un marché où la concurrence est très vive, où nos principaux concurrents sont des filiales de multinationales voire même de groupes mondiaux, ou bien, à l’opposé, de toutes petites sociétés familiales dont les prix de revient sont inférieurs aux nôtres. Nos principaux clients sont la grande distribution belge, il faut négocier sans arrêt. Pour garder notre place, nous nous montrons créatifs : nous avons développé une gamme de condiments certifiés bio, nous vendons cette innovation aussi aux grandes surfaces à leur marque. Dupuis est venu nous chercher pour lancer ensemble une moutarde pour enfants, nous avons la licence pour le marché belge, c’est encourageant.


L’entreprise est toujours 100% familiale...

Par rapport à cela, nous avons deux solutions. Soit vendre l’entreprise à un grand groupe. Nous avons beaucoup d’offres d’achat, pour notre place sur le marché,  pas pour notre produit et faire vivre l’entreprise. Le prix de notre entreprise pour eux est celui d’une petite campagne de publicité! Mais ce serait vendre notre âme. Soit nous associer avec d’autres entreprises du même style qui offrent des produits complémentaires aux nôtres : mais qui détient le capital ? Qui dirige ? Ce n’est pas simple de trouver un accord lorsqu’il s’agit d’entreprises familiales. Nous nous dépannons souvent, nous mettons en place des achats groupés, des négociations communes, ...

L’entreprise vient de s’implanter en France: pour quelles raisons ?

Nos bâtiments à Jambes ne sont pas fonctionnels mais ils appartiennent à la famille et nous tenons à conserver cette implantation namuroise. Plutôt que de déménager, nous avons alors décidé de nous agrandir ailleurs en créant une second site de production. Nos tentatives en Flandre n’ont pas pu se concrétiser, nous nous sommes alors tournés vers le nord de la France. Nous avons abouti à Troyes, zone sinistrée du textile, qui offrait des subventions intéressantes. Et puis, si le chocolat belge est réputé dans le monde entier, c’est surtout la moutarde française qui est renommée à l’étranger: j’ai beaucoup plus de facilité d’obtenir des rendez-vous avec des acheteurs étrangers depuis que cette unité de production existe.

On imagine votre emploi du temps plutôt chargé, et pourtant vous vous engagez dans le comité PME de la FEB, puis aussi dans le comité de direction de la FEB.

Il est vrai qu’il s’agit d’un investissement bénévole, qui correspond à un quart temps. Mais j’ai vraiment là le sentiment de faire oeuvre utile : cela sert mon credo social, la défense des PME. A la FEB, les choses bougent. Globalement, les intérêts des PME sont les mêmes que ceux des grandes entreprises, à quelques pourcents près. J’attire l’attention sur ces petites choses essentielles pour des entreprises comme la nôtre.

Flash Back, 20 ans en arrière, vos licence et maîtrise en sciences économiques et sociales aux Facultés : 5 belles années ?

C’était une excellente formation de base, j’ai pu le constater en travaillant avec des diplômés d’universités françaises et autres par après, nous n’avions pas à rougir. Je me suis bien amusée, c’était une université avec une ambiance tout à fait particulière. Mais j’avais hâte de travailler, je garde un tout aussi bon souvenir de mes 5 premières années de vie professionnelle pendant lesquelles j’ai touché à la consultance, au journalisme, j’ai travaillé dans différentes entreprises, j’ai appris énormément sur le fonctionnement du monde des affaires.

L’esprit d’entreprise en Région wallonne...

Il se résume en une expression : « pour vivre heureux, vivons cachés ». Il y a plein de gens qui entreprennent, qui font du bon boulot, il y a plein d’entreprises qui vont bien, mais surtout, il ne faut pas en parler ! Cela me fascine. Donc le tableau n’est pas si négatif, il existe une Wallonie qui va bien, qui a un potentiel énorme, mais on a besoin de gens qui le disent pour changer son image. La Wallonie va beaucoup mieux qu’on ne veut bien le dire.

... à développer tout de même pour créer de l’emploi ?

Pour créer de l’emploi, on n’a encore rien trouvé de mieux que des employeurs. Il faut créer des entreprises, les développer, les agrandir, se différencier, être créatifs, innovants, ... C’est tout cela qui génère de la richesse.