Sophie Biernaux

Après une licence en biologie et un doctorat en biologie cellulaire et immunologie aux FUNDP, Sophie Biernaux entre en 1986 chez GSK à Rixensart. Elle acquiert progressivement une telle expertise en développement, production et commercialisation de vaccins qu’elle dirige aujourd’hui le programme des vaccins pédiatriques chez GSK. Sophie Biernaux est également expert scientifique à la Commission européenne et membre de GAVI (Global Alliance for Vaccine and Immunisation).

Une fonction de direction dans une multinationale, un mari, 5 enfants... de combien d’heures sont faites vos journées ?

Beaucoup, beaucoup trop ! (rires) C’est mon principal problème et, en tant que femme, l’organisation du temps est encore plus difficilement gérable ! Mais j’adore mon boulot et je préfère un emploi dans lequel je me sens à l’aise même s’il me demande beaucoup de temps.

Ma famille restera cependant toujours ma priorité. J’ai des règles strictes par rapport à ma vie familiale : c’est très rare que je travaille le week-end – sauf réunion importante le lundi – je suis donc alors tout à fait disponible pour la famille. Mon mari travaille chez GSK aussi, nous voyageons ensemble de temps en temps, récemment à Bangkok par exemple, les enfants sont habitués !


Un souvenir, de votre passage aux Facultés, à partager?

Le Père Ellens, professeur de génétique nous avait dit : « Mesdemoiselles, si vous n’êtes pas brillantes, retournez à vos casseroles ! » C’est une petite phrase que je garde à l’esprit, je me mets toujours la barre très haut et c’est parfois difficile à assumer. Les Facultés m’ont apporté beaucoup : tout le monde se connaissait, et nous avions l’occasion de côtoyer les étudiants des autres disciplines. Je trouve cependant que les Facultés de Namur devraient davantage faire appel à des chercheurs étrangers, inviter des professeurs d’universités étrangères, demander à des anciens de venir présenter leur expérience lors de leur retour au pays, ... C’est une ouverture importante pour les scientifiques vers d’autres façons de travailler, vers d’autres cultures.

Vous êtes à la tête du programme des vaccins pédiatriques chez GSK : à ce niveau , est-ce un atout d’être une femme?

Ah... (songeuse), il me semble que oui, mais je suis un peu féministe ! (rires) Nous travaillons en organisations matricielles depuis plus de dix ans : il ne s’agit pas d’une hiérarchie classique, mais de véritables équipes d’experts entre lesquels les responsabilités sont partagées. Dans une telle organisation, le management est assez sophistiqué : mon rôle consiste à conduire ces équipes vers l’aboutissement des projets de vaccins. Les femmes ont souvent un sens du compromis et un ego moins développé que certains hommes, ce qui constitue un atout. Les femmes relativisent aussi plus facilement, elles ont souvent d’autres priorités.

Pourquoi une entreprise anglo-américaine a-t-elle investi et continue-t-elle à investir dans un pays comme la Belgique où les coûts salariaux sont réputés plus élevés qu’ailleurs ?

L’entreprise reste en Belgique pour plusieurs raisons : toutes les zones de production sont agréées par la Commission européenne et par la « Food & Drug Administration » aux USA, ce qui est capital pour l’entreprise. Par ailleurs, le site est complètement intégré : toutes les expertises de vaccins sont présentes à Rixensart et Wavre, ce qui constitue un avantage par rapport à certains de nos concurrents. Cependant, il est certain que les coûts salariaux sont plus élevés en Belgique qu’ailleurs et GSK Bio s’installe partout dans le monde : en Europe de l’Est, à Shangaï...

« Prévenir, plutôt que guérir », par le biais des vaccins : la solution idéale pour tous?

Je suis évidemment pro-vaccins. Je trouve que c’est la façon la plus simple de prévenir la maladie et c’est préférable à une intervention médicamenteuse après que la maladie se soit déclarée.

Quelle est la politique de GSK à l’égard des populations du Sud qui ont probablement autant si pas davantage besoin de ses produits mais peu de moyens financiers pour se les procurer ?

GSK a une longue histoire avec l’Unicef, l’OMS, ... Nous attachons beaucoup d’importance aux vaccins pour les pays émergents et, d’ailleurs, pour certains vaccins nous sommes une des seules compagnies qui adresse encore ces marchés-là. Nous sommes en relation étroite avec GAVI  pour définir ensemble les priorités pour l’Afrique dans les années à venir, et nous tenons compte de ces priorités dans la définition des combinaisons de vaccins développées ici (tels que les projets de développement de vaccins Sida, Malaria, Méningite, Tuberculose, des fléaux qui frappent prioritairement le Tiers Monde).